Master List
mousquetaire
arakasi28
J'ai écris pas mal de fanfictions avant de me mettre sérieusement à arpenter LJ. J'avoue ne pas avoir le courage de les reposter toutes sur ce journal, mais vous pouvez les retrouver dans la liste ci-dessous. Les plus anciennes sont postées sur fanfiction.net mais n'hésitez à ma laisser un mot si vous avez l'occasion de les lire : ça fait toujours plaisir !

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Lecture : Le Charme des Magpie - K. J. Charles
mousquetaire
arakasi28
"Le Charme des Magpie" de K. J. Charles
roman fantastico-historique - 290 pages
♥ ♥ ♥ ♥ 4/5



Lucien Vaudrey a un problème. Un gros. Non seulement son père, Lord Crane, est mort – ce dont il se fout un peu, vu le peu de sympathie qu'il avait pour le vieil homme – mais un sorcier inconnu tente de l'assassiner. Pourtant Lucien a l'habitude de la magie et ses longues années en Chine lui ont permis de se familiariser avec les chamans et autres praticiens de toute sorte, mais cette magie-là est d'un autre genre, plus venimeuse, plus étrange et bien plus dangereuse. Pour se protéger, le tout nouveau Lord Crane fait appel à un spécialiste de la magie noire prénommé Stephen Days. Days est tout ce que n'est pas Lucien : il est petit, chétif, effacé, fauché, mal habillé et ne nourrit guère de sympathie pour son client dont la famille a ruiné la sienne par pure malveillance. Mais il a ces mains magiques qui picotent comme des bulles de champagne, un petit sourire ravageur et une compétence tout à fait sexy. En clair, Lucien le mettrait bien dans son lit. Mais pour pouvoir se livrer à des prouesses sexuelles (et formellement interdites par la loi, nous sommes sous l'ère victorienne tout de même !), il faut encore être vivant et les chances de Lucien de le rester sont justement fort compromises…

Lire de la romance gay bien écrite est une saine activité à laquelle je ne me livre pas assez souvent. Faut dire que ce ne sont pas les exemples qui foisonnent, mais grâce aux bons soins d'une amie, j'ai pu découvrir l'oeuvre de K.J. Charles et sa série du Charme des Magpie. Découverte fort agréable d'ailleurs, grâce en soit rendue au style efficace de K.J. Charles, à ses dialogues spirituels et à ses personnages bien caractérisés. le scénario est simple mais bien mené et pas seulement prétexte à fourrer les deux personnages dans une même chambre à coucher – même si cela reste clairement un des objectifs de l'auteur. le ton est vif, l'humour très présent et les stéréotypes ne sont pas trop nombreux. le tout aurait tout de même mérité d'être un peu plus étoffé, notamment vers la fin du roman, un peu trop rapide à mon goût. On en ressort avec l'envie de suivre encore un peu ce lord baroudeur et son petit bonhomme de magicien. Affaire à suivre donc !

Lecture : La Pierre et le Sabre - Eiji Yoshikawa
mousquetaire
arakasi28
"La Pierre et le Sabre" de Eiji Yoshikawa
roman historique - 860 pages
♥ ♥ ♥ ♥ 4/5



Sur un champ de bataille dévasté, deux jeunes hommes se relèvent en titubant. Takezo et Matahachi ont dix-sept ans et pour fêter leur entrée dans l'âge d'homme sont tous deux rentrés dans l'armée d'un des multiples petits seigneurs du coin assoiffés de pouvoir. Mal leur en a pris car leur armée s'est fait tailler en pièces par l'ennemi et les voici en fuite, obligés de rentrer dans leur village natal, la queue entre les jambes. Matahachi, pris dans les filets d'une belle veuve sans scrupules, ne retournera jamais auprès des siens et laisse à Takezo la tâche désagréable d'annoncer la nouvelle à se mère Osugi et à sa fiancée Otsu. Traqué par les hommes du shogun et conspué par les gens de son village qui le considère comme un voyou, Takezo doit mourir… Mais mourir pour mieux renaître dans la peau du samouraï errant Miyamoto Musachi ! Avec l'aide bienveillante et railleuse du moine zen Takuan, Musachi va prendre la route et parcourir tout le Japon du XVIIe siècle, de ses bouges les plus infâmes au monde parfumé des grands de ce monde. Son objectif ? Atteindre à l'équilibre parfait en suivant la Voie du Sabre et ainsi devenir un véritable être humain, un être digne de laisser une empreinte durable sur son temps.

Inspiré par la vie du grand escrimeur Miyamoto Musachi, « La Pierre et le Sabre » est LE grand roman de cape et d'épée japonais. On y retrouve tous les ingrédients chers aux fanatiques des grands maîtres du genre : rebondissements permanents, duels et combats à foison, personnages un brin caricaturaux mais si charismatiques, amoureuse transie et trop innocente pour son propre bien, intrigue rythmée et foisonnante, etc… Là où Musachi diffère de ses homologues occidentaux, c'est dans sa recherche d'un idéal de pureté. Là où les autres recherchent l'amour, la gloire ou la richesse, lui souhaite dominer sa force brute par son intellect, devenir maître absolu de sa propre volonté. Au fil des pages, on le voit évoluer, passer du statut de petite frappe sans avenir à celui du ronin, puis à celui d'étudiant escrimeur, pour devenir finalement le plus renommé expert en arts martiaux qu'ai connu le Japon. Attachant et faillible, ce rustre mal dégrossi attire la sympathie et c'est avec plaisir qu'on le voit s'affiner petit à petit, sans perdre pour autant sa candeur de bon provincial.

Dans sa quête, il se verra épaulé ou contrecarré par une foule de personnages bien typés et souvent assez excentriques. Mon coeur bat très fort pour Takuan, un moine zen cachant des abîmes de sagesse sous ses comportements délurés qui prendra Musachi sous son aile et fera en sorte de le dégrossir… à sa façon ! J'aime aussi beaucoup Osugi, la vieille mère de Matahachi, qui, suite à un malentendu malheureux, n'aura de cesse pendant tout le roman de pourchasser Musachi afin de lui couper la tête pour la ramener dans leur village natal. Son odyssée picaresque à travers le Japon apporte un contre-point délectable à la quête du Musachi, fort embarrassé de cette adversaire coriace mais chenue (Honnêtement, comment réagir quand une petite vieille de soixante-dix ans vous assaille sans crier gare ? Vous ne pouvez quand même pas la zigouiller !)

J'avais gardé un très bon souvenir de ce roman lu à l'adolescence, ainsi que de sa suite « La Parfaite Lumière ». Quinze ans plus tard, le plaisir est toujours là, malgré certaines péripéties un peu répétitives à mon goût et un style agréable mais très classique. le tout donne un riche roman d'aventure, non dénué d'humour et de second degré, et une façon très agréable de découvrir le Japon médiéval – étude qui aurait beaucoup à nous apprendre sur la Japon d'aujourd'hui, sa culture, ses valeurs et ses obsessions. Vivement la suite !

Lecture de janvier 2017
mousquetaire
arakasi28
Hop !


"Chanson douce" de Leïla Slimani ♥ ♥ ♥ ♥ 4/5

"Les dents du tigre" de Maurice Leblanc ♥ ♥ ♥ 3/5

"Une histoire de la lecture" de Alberto Manguel ♥ ♥ ♥ ♥ 4/5

"Entremonde" de Neil Gaiman ♥ ♥ ♥ 3/5

"Les Aventuriers de la mer, Intégrale 3" de Robin Hobb ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 5/5

"Dernier jour sur terre" de David Vann ♥ ♥ ♥ ♥ 4/5

Lecture : Dernier jour sur terre - David Vann
mousquetaire
arakasi28
"Dernier jour sur terre" de David Vann
essai / roman - 260 pages
♥ ♥ ♥ ♥ 4/5



Alors que David Vane atteint ses treize ans, son père se fait sauter le crâne d'une décharge de magnum. L'enfant hérite des armes paternelles et, pour tromper son mal-être et sa solitude, monte sur la colline et s'amuse à tenir en joue ses voisins, le fusil chargé. Il n'appuiera jamais sur la gâchette. Steve Kazmierczac, vingt-sept ans, lui, ne s'en ai pas privé. le 24 février 2008, il s'est rendu à son université et a canardé à bout portant ses petits camarades, causant la mort de cinq d'entre eux, ainsi que dix-huit blessés. Apprenant le massacre, vingt ans après que ses propres fantasmes noirs l'aient abandonné, l'écrivain s'interroge : qu'est ce qui le différencie de Steve Kazmierczac ? Pourquoi celui-ci a-t-il tiré ? Pourquoi lui-même ne l'a-t-il jamais fait ? Pour répondre à ces questions, il va mener l'enquête, rencontrant les amis et les proches de Steve, interrogeant ses victimes, remontant aussi loin que possible dans sa jeunesse pour découvrir les causes de sa psychose.

Lors de la lecture des deux premiers ouvrages de David Vane parus en français, « Sukkwan island » et « Désolations », il était facile de deviner que l'auteur nourrissait un profond malaise vis-à-vis des armes à feu. « Dernier jour sur terre » nous permet de découvrir la source de cette obsession, son traumatisme originel. Avec son expérience et l'héritage macabre qu'il a porté jusqu'à ces jours, l'auteur est peut-être le plus à même de répondre – ou du moins d'essayer d'apporter une réponse – à cette question angoissante : comment se créé un tueur de masse ? Est-ce une histoire de circonstances ? de relations ? D'héritage ? de milieu social ? Ou faut-il encore chercher plus profondément, dans les abîmes de l'inconscient et de la sexualité ?

Pour éclairer toute cette obscurité, il faut découvrir le « vrai » Steve, celui qui a été effacé par les mugissements de la presse, les faux-semblants de la police et même par les mensonges compatissants de ses amis, trop empressés peut-être à lui trouver des circonstances atténuantes. Alors, gentil garçon un peu étrange ou raciste aux opinions liberticides ? En retraçant étape par étape la vie du jeune homme, Vane ne tranche pas, mais rappelle que vouloir cerner la personnalité d'autrui est un jeu complexe et parfois dangereux. Ce qui ressort de son ouvrage, c'est que personne n'a jamais vraiment connu Steve, chacun se forgeant de lui une image positive ou négative, mais toujours confortable et coupée de la réalité.

Au lecteur maintenant de juger et de s'interroger, mais qu'il n'oublie pas dans sa réflexion que si Steve est coupable de ses crimes, il partage cette culpabilité avec l'Amérique toute entière qui a si peu fait pour empêcher ce drame d'arriver. Aujourd'hui encore des panneaux géants bordent les routes, claironnant fièrement que « Les armes à feu sauvent des vies » et pourtant l'Etat s'obstine à ne pas faire le lien avec les tueries de masse qui se multiplient dans les lycées et universités. le tout donne un ouvrage assez perturbant, portrait d'un adolescent dérangé mais pitoyable et véritable réquisitoire à l'encontre d'une Amérique qui se bouche les yeux et encourage la violence par son refus de prendre des mesures impopulaires mais nécessaires.

Lecture : Les Aventuriers de la mer, Intégrale 3 - Robin Hobb
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arakasi28
"Les Aventuriers de la mer, Intégrale 3" de Robin Hobb
roman fantastique - 930 pages
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 5/5



Pour la première fois depuis des siècles, un dragon plane au dessus du Désert de la Pluie. Libérée par Malta et Reyn, Tintaglia a enfin pris son essor et toise avec mépris tous ces petits humains emberlificotés dans les fils de leurs existences trop courtes. Car il faut dire une chose à propos des dragons, c'est que la gratitude ne les étouffe pas ! Pourtant, tous auraient grand besoin d'un coup d'aile, d'Althéa et Brashen lancés à la reconquête de la vivenef Vivacia à Malta dérivant sur un fleuve corrosif dans une coquille de noix, en passant par Ronica confrontée aux ravages de la guerre civile dans sa chère cité de Terrilville. Nous sommes arrivés à l'embranchement entre deux avenirs. Dans l'un, Terrilville survit tant bien que mal et les Seigneurs des Trois Règnes repeuplent les cieux. Dans l'autre, le chaos se déchaine, entraînant la perte de la cité des Premiers Marchands mais aussi celle de Jamailla et peut-être même l'extinction totale de la race des dragons.

J'avoue, j'ai eu un peu mal au coeur en tournant la dernière page des « Aventuriers de la Mer ». Cette saga m'a accompagnée pendant trois mois, quoique entrecoupés de longues pauses, et je m'y suis tant immergée que j'ai eu le plus grand mal à passer à autre chose. Je me suis profondément attachée à certains personnages et en ai détesté d'autres cordialement, mais aucun ne m'a laissé indifférente. J'ai bien pesté sur quelques détails ici et là, mais peu souvent et, franchement, quelle saga de fantasy peut-elle se targuer d'être sans défaut ?

Ce dernier intégral est très satisfaisant sur de nombreux points. Les différents fils narratifs convergent enfin et se rassemblent pour former un final de haut vol réunissant tous les principaux protagonistes de la saga. C'est également un plaisir de voir des personnages séparés depuis le début du récit se retrouver après bien des épreuves et constater avec stupeur les changements intervenus chez leurs proches. Certains protagonistes ont tant évolué – je pense notamment à la jeune génération : Hiémain, Malta et Selden – qu'ils ne présentent que peu de points communs avec leur caractérisation initiale. Peu de questions et de mystères sont laissés sans réponse, permettant à cette saga de former un tout autonome, pouvant être lu indépendamment des autres séries créées pour l'auteur. En prime, ce dernier opus satisfera ceux qui ont trouvé les deux premiers tiers de la saga trop pauvres en action : batailles navales, combats de serpents et de dragons, abordages… Il y en a pour tous les goûts et bien difficiles seront ceux qui ont ressortiront désappointés.

Bon, tout ça sent un peu trop son happy ending, comme pour la plupart des sagas de Robin Hobb. Certains personnages franchement haïssables meurent très commodément, permettant ainsi à leur entourage de continuer paisiblement leur vie sans eux. C'est un peu trop facile, mais on est si satisfait de les voir disparaître que l'on se montre peu tatillon sur la question. Et puis, honnêtement, la plupart des personnages ont tellement encaissé pendant les quelques 2500 pages de la saga que l'on est ravi de les voir accéder à un peu de bonheur. Ces temps-ci, l'optimiste n'est pas à la mode en fantasy et, à petites doses, c'est toujours très agréable.

En conclusion, j'ai trouvé « Les Aventuriers de la Mer » mieux rythmé et plus égal en qualité que les aventures de Fitzounnet (que j'avais déjà beaucoup appréciées), en reconnaissant cependant que l'alternance des points de vue est beaucoup plus facile à gérer pour un écrivain qu'un unique narrateur, ce qui donne à « L'Assassin Royal » le désavantage de la prise de risque. Ne me reste plus qu'à régler un grave dilemme : vais-je me jeter aussitôt sur la saga suivante, « La Cité des Anciens », ou vais-je attendre patiemment sa sortie en intégral J'ai lu pour ne pas dépareiller ma bibliothèque ? Grande question…

Lecture : Entremonde - Neil Gaiman
mousquetaire
arakasi28
"Entremonde" de Neil Gaiman
roman fantastique - 290 pages
♥ ♥ ♥ 3/5



Joey est un élève ordinaire dans un lycée ordinaire au coeur d'une ville ordinaire. Son existence bascule lors d'un cours d'orientation organisé par son excentrique professeur d'Histoire-Géographie. Un tournant du rue et Pof ! Tout est transformé ! Son lycée est presque le même, sa ville presque la même, ses parents presque les mêmes mais Joey, lui-même, a cessé d'exister. Paniqué, Joey prend la poudre d'escampette et il fait bien, car surgis de nulle part, d'étranges individus masqués tentent de le capturer. Car Joey a, sans le savoir, basculé dans l'Entremonde, le lieu fantomatique qui sépare les milliers d'univers parallèles qui pullulent en marge du notre, aussi nombreux que des puces dans une fourrure de rat. Et à travers tous ces mondes, s'affrontent deux forces, celle de la Science et de la Magie prêtes à tout pour affirmer leur prééminence, quitte à raser pour cela la moitié du Multivers. Seul obstacle face au chaos : le groupe des Marcheurs, des individus capables de passer à volonté d'un univers à l'autre et constitué uniquement… Wait for it… de doubles de Joey lui-même !

A ce stade-là, vous commencez à avoir un peu mal à la tête, non ? Si ça peut vous rassurer, moi aussi ! Il faut reconnaître ça à Neil Gaiman et Micheal Reaves, ils ne se foutent pas de l'intelligence de leur lecteur, quitte à la gorger d'informations jusqu'à l'indigestion. Touffu et bourré d'idées ingénieuses, « Entremonde » contient tous les ingrédients d'une bonne série télévisée, ce qu'elle aurait probablement pu être si ses deux co-auteurs étaient parvenus à vendre leur scénario à un producteur. Mais, justement, ils n'ont pas réussi et se sont rabattus sur le format papier avec un succès assez mitigé. Trop de choses en un seul petit livre, tout simplement. Les événements et les personnages défilent à toute allure, se percutant allègrement entre eux. En bref, lire « Entremonde », c'est comme courir le cent mètres (bon d‘accord, je me la pète, j'ai jamais couru un cent mètres de ma vie…) : tout va trop vite, tout est trop flou et on manque de se casser la gueule en négociant le dernier virage. Plein de potentiel et relativement divertissant, mais trop confus et avec trop de raccourcis scénaristiques pour susciter mon adhésion sans mélange. Neil Gaiman a fait mieux et il fera probablement encore mieux par la suite.

Lecture : Une histoire de la lecture - Alberto Manguel
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"Une histoire de la lecture" de Alberto Manguel
essai - 432 pages
♥ ♥ ♥ ♥ 4/5



Je te connais, toi qui lis appuyé contre la fenêtre d'une rame de métro, plongé dans un des ouvrages de mon auteur favori. Et toi aussi, lecteur anonyme accoudé contre une table de bar devant un café ou une bière. Et toi aussi, babelien accroché au clavier de ton ordinateur et si avide de faire partager tes lectures au monde entier. Je vous connais tous et, à ce moment précis, vous m'êtes aussi proches que des amis. Tous, du plus petit au plus grand, du plus vieux au plus jeune, nous faisons partis de l'immense communauté des lecteurs. Nous avons une histoire commune, et cette histoire, c'est celle qu'Alberto Manguel a entrepris de raconter.

Bien entendu, il ne s'agit pas de l'Histoire de la lecture avec un grand H. le sujet est trop vaste, trop varié, trop profond et Manguel préfère plus modestement nous proposer « une » histoire de la lecture, avec tout ce que cet article suggère de subjectif et de personnel. A quel endroit lisons-nous ? Dehors ? Dedans ? Dans un fauteuil ? Dans un lit ? Lisons-nous à voix haute ou en silence ? Lisons-nous pour autrui ou pour nous-même ? Lisons-nous des traductions ou des textes originaux ? Vite ou lentement ? Sommes-nous prêts à voler pour posséder un livre ? Comment apprend-on à lire ? Tant de questions auxquelles Manguel répond avec érudition, nous promenons de l'Antiquité au XXIe siècle, du papyrus au livre numérique. Réponses partiales, bien sûr, et incomplètes mais d'autant plus intéressantes et sensibles car Manguel n'a d'autre ambition que d'être reconnu comme un lecteur parmi d'autres, une toute petite partie de ce grand tout qui nous réunis tous.

Fourmillant de références et d'idées, un peu confuse par moment mais toujours passionnante, cette « histoire de la lecture » ressemble un peu à cadavre exquis, un vaste pot-pourri où chaque réflexion en entraîne une nouvelle, entraînant le lecteur sur des chemins ignorés et pleins de surprises. On y trouve en vrac des théories scientifiques, des passages autobiographiques, des anecdotes historiques et nombre de personnages passionnants et hauts en couleur. Je retiendrais particulièrement l'attachant comte Libro (le bien nommé), célèbre voleur de livres du XIXe qui dévalisa pendant dix ans la Bibliothèque Nationale de France, accumulant plusieurs milliers de livres mal acquis avant de mourir dans la misère et le dénuement – mais quel panache durant sa courte vie ! Salut à toi, mon vieux Libro ! Salut à vous, lecteurs mes frères ! Et merci à Alberto Manguel pour ce fascinant essai ! Puissent les journées et les nuits vous être douces et pleines de délicieuses lectures...

Lecture : Les dents du tigre - Maurice Leblanc
mousquetaire
arakasi28
"Les dents du tigre" de Maurice Leblanc
roman policier - 510 pages
♥ ♥ ♥ 3/5



Quel étrange personnage que ce don Luis de Perenna ! Aristocrate espagnol et héros de guerre, il fascine et intrigue tous ceux qu'il rencontre. Ces camarades de la légion étrangère, impressionnés par ses exploits, avaient même pris l'habitude de le prénommer – tenez vous bien ! – « Arsène Lupin ». Quant à savoir ce que ce bon monsieur faisait avant d'entrer dans la légion, mystère et boule de gomme ! Personne, pas même ses plus proches amis, ne le sait. Or voici qu'une sombre affaire d'héritage attire sur lui l'attention malvenue de la police. Cosmo Mornington, un riche américain ami de don Luis, est décédé dans d'étranges circonstances et une main criminelle semble frapper chacun de ses héritiers, les uns après les autres. Exécuteur testamentaire de la victime, don Luis mène l'enquête... Par goût de la justice déjà (sans rire), mais surtout pour les beaux yeux de sa jolie secrétaire, la charmante Florence, qui semble impliquée au plus haut point dans ce sanglant jeu de massacre.

Ca faisait un bout de temps que je n'avais pas lu un petit Arsène Lupin… Pré-ado, j'étais une grande fan des aventures du gentleman cambrioleur, mais « Les dents du tigre » manquait à mon palmarès. En panne de lectures pendant mes vacances, je l'ai piqué sur l'étagère d'une amie, histoire de voir si la magie fonctionnait encore ou s'il fallait classer Lupin dans mes péchés de jeunesse. Je suis ressortie de cette lecture plus amusée qu'enthousiasmée. Certes, le style de Maurice Leblanc est agréable et son récit divertissant, mais certaines exagérations prêtent à sourire, notamment dans la caractérisation de son personnage principal.

Je l'avais oublié (ou cet aspect était moins marqué dans les romans que j'ai lu à douze ans) mais Arsène Lupin est un véritable surhomme. Il reçoit un coup de couteau, la lame se brise ! Un coup de pistolet, la poudre fait long feu ! Il meurt et ressuscite comme d'autres se mouchent et ces bons messieurs de la police, tous plus crétins les uns que les autres, ne lui servent que de maigres faire-valoir. Retournements de situation et deus ex machina en deviennent vaguement comiques, au point que je me suis demandée s'il fallait y voir du second degré ou non. J'ai choisi de ne pas prendre l'ensemble trop au sérieux – et surtout pas la petite amourette de Lupin, peu crédible quand on sait que le goujat s'enflamme ainsi un livre sur deux – et ai apprécié raisonnablement cette petite lecture sans prétention, idéale pour se reposer entre deux gros bouquins plus ambitieux.

Lecture : Chanson douce - Leïla Slimani
mousquetaire
arakasi28
"Chanson douce" de Leïla Slimani
roman - 240 pages
♥ ♥ ♥ ♥ 4/5



D'accooooord… Clairement, ma quasi-belle-mère ne veut pas être grand-mère tout de suite, sinon elle ne m'aurait pas offert à Noël ce petit livre glauquissime. En à peine 200 pages, « Chanson douce » réussit l'exploit de nourrir toutes mes phobies vis-à-vis de la maternité : peur de perdre mon indépendance, peur de ne pas savoir assumer et, surtout, peur de l'accident bête et mortel. Ok, je le reconnais, la nounou psychopathe, c'est un danger que l'on rencontre assez rarement, mais quid du couteau laissé en équilibre au bord de la table, de la porte de l'escalier mal fermée ou du produit toxique mal rangé ? Non, franchement, j'ai assez d'angoisses comme ça sur le sujet, inutile d'en rajouter !

C'est qu'elle me ressemble un peu, Myriam, comme elle ressemble à beaucoup de jeunes mamans, avec son désir d'enfants tempéré par la peur de sacrifier sa vie professionnelle et sociale. Je comprends ses doutes et ses craintes, le mélange d'amour inconditionnel et de découragement que lui inspirent ses rejetons. A sa place, moi aussi, j'aurais cherché à engager une nounou pour sauvegarder un peu de ma vie privée, et pourquoi pas Louise ? Louise a toute les qualités du monde : elle présente bien et sais rassurer ses employeurs (bref, elle est blanche), elle est extrêmement compétente, tendre et protectrice avec les enfants, excellente cuisinière, femme de ménage émérite, discrète et polie comme il se doit… La perle rare, une vraie Mary Poppins ! Rapidement, Myriam et son mari ne peuvent plus se passer de Louise. Ils l'amènent même en vacances avec eux, tout en maintenant soigneusement entre eux la distance de patron à employée. Mais Louise, elle-aussi, a ses problèmes, ses angoisses qu'elle dissimule discrètement comme on cache la poussière sous le tapis. Jusqu'au jour où le tas de poussière devient trop gros pour être dissimulé. Jusqu'au jour où l'image de la parfaite ménagère comme à se fissurer. Jusqu'au jour où…

Glauque, on vous dit. Mais pas seulement. Sans crier au chef-d'oeuvre, je reconnais à l'auteur un vrai sens du suspense et une grande pertinence dans la portraitisation des personnages. Tous frappent par leur banalité, leur normalité. Myriam et Paul sont un couple de jeunes parents comme on peut en croiser des milliers, un peu bobo, un peu moderne, un peu égoïste. Louise est semblable à toutes ses femmes que l'on voit se promener dans les jardins publics, surveillant d'un oeil distrait des enfants qui ne sont de toute évidence pas les leurs. C'est cette normalité qui rend le drame d'autant plus frappant, l'horreur plus absolue. le style de Leïla Slimani très sobre, factuel, presque journalistique renforce cette impression de banalité, l'intensité de ce drame en gestation. Pas de jugements, pas de condamnations, ni des uns, ni des autre, mais une analyse plutôt subtile de la cellule familiale et des contraintes pesant sur les jeunes parents. Sacrément crispant tout de même. Moralité ? La maternité, c'est pas pour tout de suite.

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